Productions de Sylvie
Lorsque je regarde les tableaux de Sylvie les couleurs vives resplendissent. il me semble que son coup de pinceau , l’utilisation de l’éponge.. semble à la fois résolu et décontracté. Jaune, primaire, rouge carmin, Magenta, bleu outre-mer, ces tableaux souvent réchauffent. les formes ondulent et les motifs m’évoquent souvent la peinture Arborigène… Son trait est énergique mais en même temps elle sait nous donner un rendu légèrement flou. Dans ces tableaux, Sylvie ose et du coup elle me fait connaître une certaine liberté qu’elle dégage de manière spontanée .Ses teintes chaudes qu’elle choisit transporte vers un ailleurs. merci Sylvie pour cette expression privilégiée . Je reviendrai sur ton sentier de rêves.
Anne Voidey
Ateliers d’écriture
Animé par Odile Pimet- Année 2001 – Saint-Laurent-du-Maroni
LA MANDARINE

Découverte en Chine en 1773 par Bernard de Saint-Pierre, la mandarine, également appelée citrus nobilis par les botanistes, appartient à la famille des agrumes. C’est à sa couleur orange foncé, identique à celle de l’habit des mandarins, qu’elle doit son nom.
Fruit vénéré, les Chinois lui attribuèrent la prééminence sur les autres agrumes, à l’image des mandarins parmi leurs concitoyens.
C’est ainsi que Mandarins et mandarines, durant deux mille ans, virent leur réputation malmenée et passée d’êtres impartiaux et justes dans la Chine ancienne, à celle de sage Chinois au siècle des lumières, symbole de la tolérance, du dévouement au bien public pour Voltaire, pour finalement devenir, après 1968, une suprême injure. C’est à ce titre d’ailleurs que Simone de Beauvoir, après avoir écrit « les mandarins » en 1954, se fit traiter de « mandarine concrète » par des esprits malveillants.
Dans le même temps, les chinois considérèrent que notre petite mandarine, malgré l’éclat de sa couleur et le parfum subtil de sa pulpe, ne méritait pas tant d’honneur et devait s’en retourner parmi les siens, sans prétention aucune pour un quelconque privilège. Elle ne s’en offusqua pas le moins du monde, fit ses valises et accompagna M. de Saint-Pierre dans son périple autour du monde.
Aux Antilles, elle eut beaucoup de mal à s’adapter au climat. C’est ainsi qu’elle décida d’échanger sa robe couleur mandarin contre un joli vêtement allant du vert au jaune, ou du jaune au vert selon sa maturité. Elle prit un peu de volume, mais pas trop, et sut se faire apprécier de la population, par sa robe lâche, peu adhérente se détachant facilement d’une pulpe juteuse et sucrée, une peau qu’elle offrait bien volontiers, et qui, séchée au soleil, puis ajoutée au rhum sucré, donnait naissance à un délicieux punch, appelé schrub, dont il vaut mieux éviter l’abus sous peine de perdre la raison.
En France, dans les campagnes, elle fut bien souvent l’unique cadeau que les enfants trouvaient dans leurs sabots le matin de Noël.
De nos jours, elle trouve sa place au sein de la grande famille rose des glucides rapides. Elle est très appréciée de tous, petits et grands, et plus particulièrement des bébés, chez qui , le nombre de papilles gustatives sensibles au sucre, est beaucoup plus important que chez l’adulte.
PORTRAIT

Toujours en mouvement, telle une tornade, elle va et vient dans la maison, interpelle de sa voix grave et forte, sans même attendre de réponse.
Tout en elle respire la détermination, aucune hésitation dans ses gestes, et, conduire, parler, pointer du doigt le paysage, tout en essayant de saisir la bouteille d’eau minérale coincée sous le siège, ne lui pose aucun problème.
Ses éclats de rire, aussi prompts que ses éclats de colère, ne peuvent laisser indifférents. Ils déboulent sur votre chemin tels une avalanche. Sauve-qui-peut¼
Il lui arrivera parfois d’oublier le poisson dans le four, ses enfants à la crèche, pour peu que sa partie de plongée sous-marine lui procure de nouvelles sensations, fortes de préférence, ou bien qu’une discussion animée sur la psychologie du dauphin s’instaure entre elle et le moniteur de plongée.
La routine, elle l’évite. Réveillonner deux années de suite chez les Dupont, il n’en est pas question. Elle y mettra le temps et l’ardeur nécessaire, mais elle convaincra toute la famille d’aller planter la tente au bord de l’océan, ou dans le pré aux vaches de la voisine.
Le mot ennui ne fait pas partie de sa vie, elle a toujours un ami à rencontrer, un sentier à explorer, et nombre d’obstacles à surmonter.
AUTOUR DU NOM
J’ouvre l’annuaire à la page du « B » comme Bourg-en-Bresse, petite ville du centre-est de la France, et dont je suis originaire. Puis, méthodiquement, je m’oriente sur le chemin des noms, avec l’intention de retrouver un vieil oncle perdu de vue. GUI, GUICHARD, GUICHARDON, enfin. Je ne pensais pas que nous étions aussi nombreux dans la ville à porter ce nom. Et voici que des GUICHARDAN viennent, de surcroît, semer la pagaille et la confusion, en remplaçant le ON par le AN. Comment retrouver Georges au milieu de cette meute ?
Mais revenons à mon nom, ce nom que j’ai si souvent haï petite, parce qu’à l’école, il était source de raillerie, passant de la Guiche à la Quiche aux lardons, pour exploser en grosse Dondon.
A y regarder de plus près, GUICHARDON, c’est plutôt végétal comme nom. Un bouquet composé de Gui et de Chardons, plantes, par ailleurs, pas très sympathiques, l’une parasite et l’autre qui pique. Mieux vaut regarder que s’y frotter. Par bonheur, Sylvie vient y ajouter un zeste de douceur et de fluidité, par son « l » et son « v ». Mais de Sylvie à Silva, en passant par sylvicole et sylviculture, je demeure à jamais dans le végétal. Et si par hasard j’essaie de m’en échapper, c’est pour déboucher sur le « s’il vit encore » que l’on m’assenait à l’adolescence.
DES MOTS SANS AME

Les fleurs de mon jardin, si belles, si colorées, si parfumées perdent tout leur charme aussitôt que j’essaie de les connaître mieux en ouvrant un livre de botanique.
La « robe de mariée » ou « chapeau chinois » selon l’humeur, se métamorphose en un banal clérodendron paniculatum. Clérodendron, Clérodendron, combien de fois ai-je dû ressasser intérieurement ce mot pour qu’il ne s’échappe pas de ma mémoire. Quant à l’orthographe, je vous laisse le soin de la vérifier dans le dictionnaire.
Que dire des Beilschmedia pendula, que je me désole de ne pas voir fleurir ou des nicolaia elæis, que je souhaiterais planter de ci, de là ? Rien en vérité ! Alors que Laurier Madame, et Rose de porcelaine sont des noms, vernaculaires peut-être, mais évocateurs, nous autorisant le vagabondage et la métaphore. Est-il possible qu’un triste et fade jasminus officinale ait l’odeur envoûtante du jasmin des poètes ? Non, décidément, je ne me ferai jamais à tous ces noms barbares dont on affuble de telles merveilles de la nature
DESCENTE DU MARONI

6 h 00 du matin, la brume laisse à peine entrevoir l’autre rive, ou peut-être est-ce moi, qui encore endormie, ai du mal à quitter l’univers des rêves. La nature engourdie, tarde, s’étire au-dessus de cette brume, couverture douillette et moelleuse sous laquelle se blottit M. Maroni.
Se réveiller, le réveiller ! Le temps du repos a assez duré. Le soleil pointe son nez, pique la brume et, triomphant, dévoile une allée de lumière, sur laquelle nous nous apprêtons à embarquer.
Bruits de voix, hurlements de moteur, clapotis de l’eau contre le ponton, et plus loin, beaucoup plus loin, au-delà des rumeurs du village, on devine le chant des oiseaux.
Un peu de mouvement, et nous voilà partis. Le paysage défile. Et lui, fleuve miroir aux reflets éblouissants et aveuglants, demeure tranquille, immobile, abolissant la frontière entre ciel et eau, dans laquelle les arbres plongent leurs racines, à la recherche d’un trésor caché.
Peu à peu, mon oreille s’habitue au ronronnement du moteur, et mes paupières, alourdies par une chaleur pesante et moite, se ferment à mon insu. Je m’assoupis.
Soudain, ballottée, secouée, je sursaute. Le Bossman, debout en équilibre à l’avant du canot, manie le takari avec aisance, et ne semble pas perturbé par ce bouillonnement d’écume. Ses gestes sont précis et rapides ; jamais il ne se laisse surprendre par le rocher malveillant, qui tente sournoisement de fracasser notre coque. Le motoriste ne le perd surtout pas des yeux, toujours à l’affût d’un petit signe de la main, qui le préviendrait du danger.
Comme aimantée par le fonds de la pirogue, je tente de fermer la porte à tout sentiment d’angoisse, mais en vain ! Le fleuve rugit, blanchit de colère, me gifle, envahit, inonde la pirogue, la tire et la pousse avec une force inestimée. J’arrête de respirer, quelques secondes d’apnée, le calme est revenu. Nous venons de franchir un saut.
Mes vêtements sont trempés. La brise, qui, quelques heures auparavant me rafraîchissait agréablement, me paraît glaciale et me transperce le corps. Une ombre gigantesque, au-dessus de nous, annonce l’arrivée immanente d’un orage. La pirogue devient un lieu d’agitation soudaine, où chacun se précipite sur sa touk pour en extraire une cape, une serviette, une bâche¼ Vite, la pluie est là ! Agressive, cinglante, elle nous oblige à baisser le regard. Je plonge une main dans le fleuve, il est tiède et doux.
Sylvie Guichardon
Atelier d’écriture du 30/10/2001
Animé par Odile Pimet